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Les mots de Georges Bensoussan
Rédacteur en chef de La Revue d'Histoire de la Shoah

   « Dans un discours prononcé devant des officiers SS, Heinrich Himmler, chef suprême des polices du Reich, s'interrogeait à haute voix : que fait-on des femmes et des enfants ? C'est à leur propos qu'il répondait que quelle que soit la difficulté qu'il y avait à l'envisager et à la réaliser, la décision avait été prise de 'faire disparaître ce peuple de la terre'. Enfants inclus ? Surtout les enfants, lesquels, laissés en vie, ne manqueraient pas de devenir demain les vengeurs de leur peuple. Au delà du discours convenu sur l''innocence brisée', la mise à mort des enfants signe le crime de génocide. Elle met en lumière la faute d'être né : il ne s'agit pas de massacrer une génération pour ce qu'elle fait ou ce qu'elle pense, mais seulement parce qu'elle est coupable d'exister, pour 'crime de naissance'.
   (...)
   Le massacre d'un million et demi d'enfants et d'adolescents signe l'intention génocidaire en ce qu'il met en lumière la volonté d'étouffer l'avenir d'un peuple. Mais il ne s'agit pas seulement de tuer, encore faut-il effacer les preuves du crime et les traces du passage des victimes sur la terre. Il faut qu'elles n'aient jamais existé pour affirmer qu'elles ne furent pas assassinées. Parce que le négationnisme est constitutif du génocide, faire revivre les visages des enfants disparus, faire vivre ces portraits et ces bulletins scolaires, c'est faire en sorte qu'un million et demi d'enfants n'existent pas seulement d'avoir péri. Il fallait redonner de la lumière à ces regards pour en montrer la vie brutalement interrompue. On n'en finit pas de rêver sur ces documents jaunis qui disent l'engloutissement d'un monde. C'est du spectacle de cette vie brutalement interrompue que naît la compréhension de l'événement. C'est pourquoi le travail du Centre de Documentation sur la Déportation des Enfants Juifs et de tous ceux qui ont participé à ces recherches n'est pas seulement une œuvre de mémoire ou de piété filiale. C'est un travail d'histoire qui, en montrant la vie soudainement arrachée, donne à voir l'impensable de cette mort là. »

Georges Bensoussan,
Professeur d'histoire,
Rédacteur en chef de la Revue d'Histoire de la Shoah

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